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Égyptien

Apophis

Reptile chaotique

Créature
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L'essentiel

Apophis est la menace existentielle de mythologie égyptienne. Là où les autres divinités possèdent un corps humain, une tête animale ou une forme hybride, le serpent Apophis reste un reptile pur, gigantesque, sans visage ni parole. Il n'appartient pas au monde organisé des dieux, il en constitue la négation. Les Égyptiens le nomment Apep dans leur propre langue, et les Grecs transcrivent ce nom en Apophis, la forme sous laquelle il traverse les siècles. Le dieu du chaos ne reçoit ni offrande ni prière, seulement des formules destinées à le neutraliser.

Le mythe central se joue chaque nuit. Quand le soleil se couche, embarque sur sa barque solaire et traverse la Douât, le monde souterrain, pendant les douze heures d'obscurité. Apophis l'y attend, tapi dans les eaux. Il enroule son corps immense autour de l'embarcation, provoque des bancs de sable pour l'échouer, avale l'eau du fleuve céleste afin d'immobiliser la coque. Certains textes lui prêtent un cri assourdissant capable d'envoûter l'équipage divin. Chaque aube marque la victoire de , chaque éclipse signale une réussite temporaire du serpent Apophis.

ne combat jamais seul. Une véritable garde rapprochée se déploie sur la barque solaire pour repousser l'assaut. Seth, pourtant lui-même associé au désordre dans d'autres récits, se tient à la proue et transperce le monstre de sa lance. Le serpent Mehen enroule ses anneaux protecteurs autour de la cabine du dieu solaire. Isis, Neith, Selkis, Geb, Bastet ou Aker interviennent selon les versions, et les défunts eux-mêmes participent au combat. Cette mobilisation collective transforme le passage nocturne en opération militaire renouvelée sans fin.

Derrière ce récit se cache la clé de voûte de la pensée égyptienne, l'opposition entre Maât et isfet. Maât désigne l'ordre cosmique, l'équilibre, la vérité, tout ce qui tient le monde en place. Isfet nomme son contraire, le désordre, l'injustice, la dissolution. Apophis en est l'incarnation vivante. Ce cadre explique un détail décisif : le serpent Apophis ne meurt jamais définitivement. Il subit une défaite quotidienne, jamais un anéantissement, car sa disparition totale supprimerait l'obstacle qui rend le cycle solaire signifiant. Le chaos reste contenu, jamais éliminé.

Les origines du dieu du chaos varient selon les traditions locales. Un texte du temple d'Esna fait de lui le rejeton de Neith, née du crachat de la déesse sur les eaux primordiales du Noun. D'autres lectures le rattachent directement à ces eaux originelles, ce qui en fait un résidu du monde d'avant la création. Son nom apparaît pour la première fois dans la tombe du gouverneur Ânkhtifi, à la Première Période intermédiaire, pour décrire le marasme qui frappe le pays. Absent des Textes des Pyramides, Apophis s'impose ensuite massivement dans les Textes des Sarcophages, le Livre des Morts et les grands livres funéraires du Nouvel Empire.

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Questions fréquentes

D'où viennent les noms Apophis et Apep ?

La forme égyptienne est Apep, attestée dès la Première Période intermédiaire et parfois transcrite Aapep, Apepi ou Aapef. Apophis correspond à la transcription grecque de ce nom, popularisée à l'époque hellénistique puis conservée par la tradition savante occidentale. Le sens exact reste débattu, plusieurs égyptologues proposant une racine évoquant la taille démesurée du reptile. Le terme Rerek, qui désigne un serpent hostile dans le Livre des Morts, se rapproche du serpent Apophis sans se confondre systématiquement avec lui.

Comment les Égyptiens luttent-ils concrètement contre Apophis ?

Le culte égyptien ne vénère pas Apophis, il l'attaque. Les prêtres de pratiquent des rituels d'exécration consistant à fabriquer des figurines du serpent en cire ou en papyrus, à les nommer, puis à les percer, cracher dessus, piétiner et brûler. Le papyrus Bremner-Rhind conserve tout un manuel de ces formules, connu sous le nom de Livre du renversement d'Apophis. Ces cérémonies accompagnent notamment les fêtes annuelles célébrées à Abydos et visent à soutenir magiquement la barque solaire dans sa traversée.

Existe-t-il des équivalents d'Apophis dans d'autres mythologies ?

La figure du serpent cosmique menaçant l'ordre du monde traverse plusieurs traditions. Jörmungandr, dans la mythologie scandinave, encercle la terre et affronte Thor lors du Ragnarök. Vritra, dans les textes védiques, retient les eaux jusqu'à ce qu'Indra le foudroie. Typhon, chez les Grecs, défie Zeus dans un combat pour la souveraineté du cosmos. La différence tient au statut d'Apophis car là où ces adversaires connaissent une défaite définitive, le dieu du chaos égyptien revient chaque nuit, indéfiniment.

Où retrouve-t-on Apophis dans la culture populaire ?

La série Stargate SG-1 (nouvelle fenêtre) en fait son antagoniste principal des premières saisons, un extraterrestre Goa'uld usurpant l'identité du dieu égyptien. L'astronomie s'en empare également, en nommant l'astéroïde 99942 (nouvelle fenêtre) Apophis, découvert en 2004, doit son nom à la menace qu'il représente sur son orbite. Le serpent Apophis s'impose ainsi comme un raccourci culturel désignant la catastrophe imminente.

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Citations

"Arrière, marcheur qu'on fait reculer, provenant d'Apophis !"

Livre des Morts, Chapitre 39

"Ô reptile Rerek ! Ne marche plus ! Geb et Chou sont dressés contre toi, arrête-toi !"

Livre des Morts, Chapitre 33

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