L'essentiel
Sîn est le dieu de la Lune de la mythologie mésopotamienne, l'une des plus vieilles divinités connues de l'humanité. Les Sumériens le nomment Nanna, tandis que les Akkadiens, les Babyloniens et les Assyriens préfèrent l'appeler Sîn ou Suen. Mentionné dès l'aube de l'écriture, vers 3500 avant notre ère, il occupe une place de premier plan dans le panthéon sumérien pendant plus de trois millénaires. Cette divinité lunaire incarne directement l'astre nocturne et son cycle régulier, qui rythme le calendrier des anciens habitants de la vallée de l'Euphrate.
Les artistes représentent Sîn sous les traits d'un vieillard à la longue barbe couleur de lapis-lazuli, coiffé d'un turban que surmonte un croissant de lune disposé à l'horizontale. Chaque soir, ce navigateur du ciel embarque sur sa barque céleste, la magur, qui apparaît aux mortels sous la forme brillante du croissant de lune. Quand le croissant cède la place au disque plein, les fidèles voient en lui la couronne du dieu et le saluent comme le Seigneur du diadème. Ces transformations régulières et mystérieuses entourent Nanna d'une aura insaisissable.
Au sein de la grande famille divine, Sîn est le fils d'Enlil et de Ninlil, et son épouse est Ningal, la Grande Dame. De cette union naissent Shamash, le dieu du Soleil, et Inanna, plus connue sous le nom d'Ishtar, déesse de l'amour et de la guerre. Un détail frappant de cette généalogie veut que la Lune engendre le Soleil. Avec ses deux enfants astraux, Sîn forme la célèbre triade sidérale qui structure une partie de la mythologie mésopotamienne et relie le ciel nocturne à l'ordre du monde.
Le culte de cette divinité lunaire rayonne surtout depuis deux grandes villes, Ur au sud et Harran au nord. Sa ziggourat d'Ur, le temple Ekishnugal, compte parmi les sanctuaires majeurs de la région. Lié à la royauté, Sîn est le dieu qui légitime les souverains et leur remet le sceptre, si bien que ses grands prêtres et grandes prêtresses appartiennent souvent à des familles royales. Le dernier roi babylonien, Nabonide, va jusqu'à tenter de placer Nanna au sommet du panthéon, face au grand dieu national Marduk. Son culte se maintient remarquablement longtemps, jusqu'au IIIème siècle de notre ère.
Questions fréquentes
Que signifie le nom Sîn et pourquoi le chiffre 30 lui est-il associé ?
Le nom Suen, devenu Sîn en akkadien, désigne l'astre nocturne, tandis que Nanna est sa forme sumérienne. Les scribes écrivent parfois son nom avec le simple nombre 30, en référence aux jours du mois lunaire. Ce dieu de la Lune est ainsi directement associé au comptage du temps et au calendrier.
Quel animal symbolise le dieu de la Lune et pourquoi ?
Le taureau est l'animal emblématique de Sîn. Les anciens rapprochent les cornes puissantes de l'animal du croissant de lune qui se dessine dans le ciel. Ce lien explique aussi pourquoi Nanna est parfois présenté comme un gardien des troupeaux, protecteur de la fécondité des vaches dans la mythologie mésopotamienne.
Existe-t-il des dieux de la Lune équivalents à Sîn dans d'autres mythologies ?
Oui. Les peuples voisins vénèrent des divinités lunaires très proches. Les Ougaritiques honorent Yarikh, les Hourrites Kushuh et les Hittites Arma. Tous partagent avec Sîn la fonction d'astre nocturne et le rôle de maître du temps, ce qui montre l'ancienneté et la diffusion du culte lunaire au Proche-Orient.
Faut-il confondre le Nanna mésopotamien avec la Nanna nordique ?
Non, et la confusion est fréquente. Le Nanna mésopotamien est un dieu de la Lune masculin du panthéon sumérien. Dans la mythologie nordique, Nanna est au contraire une déesse, épouse de Baldr. Les deux figures n'ont aucun lien et appartiennent à des univers totalement distincts.
Où retrouve-t-on Sîn dans la culture moderne ?
La trace la plus marquante reste littéraire. La prêtresse Nanna, Enheduanna, qui sert Sîn à Ur, est considérée comme la première autrice de l'histoire connue par son nom. Cette divinité lunaire inspire aussi les univers contemporains de jeux vidéo et de bandes dessinées qui revisitent le panthéon sumérien.
Citations
"Nanna exprima son admiration dans des termes justes, salua sa mère Ningal."
"Sîn, celui dont aucun dieu ne pénètre le cœur profond."




