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Mujina

Canidé métamorphe

Le blaireau métamorphe du folklore

Le Mujina est un yokai de la mythologie japonaise. Le terme désigne d'abord un animal bien réel, le blaireau japonais, avant de devenir le nom d'un yokai capable de prendre forme humaine. Cette double nature explique une confusion qui traverse tout le folklore japonais : selon les régions, le mot Mujina désigne le blaireau, le chien viverrin ou même la civette masquée. Ce flou zoologique fait du Mujina un esprit métamorphe insaisissable jusque dans son propre nom, éclipsé par ses cousins plus célèbres que sont le Tanuki et le Kitsune, mais bien présent dans les récits populaires.

Les illusions nocturnes du Mujina

Comme tout esprit métamorphe digne de ce nom, le Mujina excelle dans l'art de l'illusion. Il agit de nuit, sur les routes peu fréquentées, où il fait croire aux voyageurs qu'un champ est une rivière profonde ou qu'un chemin familier mène ailleurs. Il prend volontiers l'apparence d'un humain pour chanter dans l'obscurité, et dans la région de Shimōsa, il se manifeste sous les traits d'un jeune moine à la coupe au bol, le Kabukiri-kozō, qui répète aux passants de boire de l'eau ou du thé. Ses tours relèvent davantage de la farce que de la malveillance, un trait qui le rapproche du Tanuki dans l'imaginaire du folklore japonais.

Du Nihon Shoki à Lafcadio Hearn

Le Nihon Shoki, l'une des plus vieilles chroniques du Japon, mentionne sous le règne de l'impératrice Suiko un Mujina qui se change en homme et se met à chanter. Cette attestation précoce fait de lui l'un des premiers animaux à métamorphose documentés de la mythologie japonaise. Sa postérité moderne doit beaucoup à l'écrivain Lafcadio Hearn, dont le récit intitulé Mujina associe durablement ce yokai au fantôme sans visage connu sous le nom de Noppera-bō, au point que les deux créatures se confondent aujourd'hui dans la culture populaire.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le Mujina et le Tanuki ?

La frontière entre les deux reste floue, y compris pour les Japonais eux-mêmes. Le Tanuki correspond au chien viverrin, tandis que le Mujina désigne en principe le blaireau, mais certaines régions inversent les deux appellations. Cette confusion débouche même sur une affaire judiciaire restée célèbre : en 1924, un chasseur de la préfecture de Tochigi capture un Tanuki en pensant chasser un Mujina, et la justice japonaise doit trancher sur la définition légale des deux animaux. Dans le folklore japonais, les deux yokai partagent le goût de la métamorphose et de la farce.

Que signifie le mot Mujina et comment s'écrit-il ?

Le terme Mujina s'écrit avec deux kanji d'origine chinoise désignant à l'origine des mammifères fouisseurs de taille moyenne. Le mot appartient au vieux vocabulaire japonais et survit aujourd'hui surtout dans des expressions idiomatiques, comme celle qui affirme que deux complices sont des Mujina du même terrier. La langue moderne lui préfère le mot anaguma pour désigner le blaireau en tant qu'animal.

Le Mujina est-il plus puissant que le Kitsune ?

Le folklore japonais établit une hiérarchie informelle entre ses grands trompeurs. Le Kitsune, renard messager de la déesse Inari, domine par ses pouvoirs et son prestige religieux. Le Tanuki vient ensuite, farceur populaire et bon vivant. Le Mujina ferme la marche : esprit métamorphe discret, rarement rencontré, il compense sa rareté par une réputation de ruse tenace. Les récits prêtent aux plus âgés d'entre eux, marqués d'une croix de poils sur le dos, des pouvoirs d'illusion accrus.

Où trouve-t-on le Mujina dans la culture populaire moderne ?

Le Mujina connaît une seconde vie vidéoludique et littéraire. Dans le jeu Nioh 2 (nouvelle fenêtre), il se cache dans les coffres à trésor et imite les gestes du joueur, fidèle à sa réputation de farceur. La licence Yo-kai Watch s'en inspire également, et le mangaka Inio Asano lui consacre sa série Mujina into the Deep, lancée en 2024. Le récit de Lafcadio Hearn dans Kwaidan reste toutefois sa porte d'entrée la plus connue en Occident, notamment via son lien avec le Noppera-bō.

Le Mujina est-il un yokai dangereux ?

Le Mujina ne compte pas parmi les yokai malveillants de la mythologie japonaise. Ses illusions désorientent, effraient ou ridiculisent, mais elles ne tuent pas. Il fuit généralement le contact humain et reprend sa forme animale dès qu'un passant approche. Sa dangerosité relève surtout de la peur qu'il inspire, car croiser de nuit un inconnu qui chante d'une voix étrange suffit à nourrir des générations de récits d'épouvante.

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Citations

"Au pays de Michinoku, un Mujina se change en homme et se met à chanter."

Nihon Shoki, Chronique de l'ère Suiko

"Et la vieille marchande, passant la main sur son propre visage, le fit devenir lisse comme un œuf. Et au même instant, toutes les lumières s'éteignirent."

Lafcadio Hearn, Kwaidan
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Noms alternatifs

  • Bake-mujina
  • Mami
  • Kabukiri-kozō
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  • Métamorphose
  • Canidé
  • Illusion
  • Ruse
  • Nuit