L'essentiel
Héliopolis est le nom grec d'une cité que les Égyptiens appellent Iounou, la ville du pilier. Installée au sud du delta du Nil, à une dizaine de kilomètres au nord-est du Caire actuel, elle sert de chef-lieu au treizième nome de Basse-Égypte et ses premières constructions remontent au troisième millénaire avant notre ère. Les Grecs la rebaptisent cité du soleil en raison du culte qui s'y pratique depuis toujours, celui de Rê, le disque solaire. Jamais capitale politique, la ville n'en reste pas moins l'un des trois grands pôles religieux du pays avec Memphis et Thèbes, et son enceinte sacrée, longue d'environ un kilomètre, demeure la plus vaste de toute l'Égypte.
C'est dans cette ville que naît le récit de création le plus ancien et le plus influent de la mythologie égyptienne. La cosmogonie héliopolitaine raconte qu'au commencement, rien n'existe hormis le Noun, un océan sans forme, sans lumière et sans temps. De cette étendue émerge une butte de terre, image de la première parcelle de sol qui réapparaît chaque année quand la crue du Nil se retire. Sur ce tertre se dresse la pierre benben, un bloc pointu que les prêtres conservent dans le sanctuaire et dont la silhouette inspire les pyramidions et les obélisques. Le mot vient d'une racine qui exprime l'idée de surgir.
Sur cette butte apparaît Atoum, le dieu qui se crée lui-même et dont le nom évoque à la fois l'inachevé et l'accompli. Bientôt assimilé à Rê sous la forme de Rê-Atoum, il engendre seul le premier couple divin, Shou l'air et Tefnout l'humidité. De ceux-ci naissent Geb la terre et Nout le ciel, séparés par Shou qui soulève la voûte céleste à bout de bras. La dernière génération donne Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Ces neuf divinités forment l'Ennéade d'Héliopolis, la famille divine dont découlent les grands récits égyptiens, du meurtre d'Osiris à la rivalité entre Seth et Horus. Cette généalogie n'a rien d'un système figé et les théologiens égyptiens la remanient au fil des siècles.
Le sanctuaire de Rê attire les faveurs royales pendant plus de deux millénaires. Les Textes des Pyramides, gravés dans les chambres funéraires des rois des Vème et VIème dynasties, portent déjà la marque de cette théologie solaire, et depuis la IVème dynastie le pharaon se proclame fils de Rê. Le temple de Rê abrite aussi le taureau noir Mnévis, animal sacré doté de son étable et de sa nécropole, ainsi qu'un culte d'Hathor, dame du Sycomore. Chaque souverain y ajoute ses obélisques et ses chapelles, si bien que l'ensemble devient le plus grand complexe cultuel du pays. La ville moderne recouvre aujourd'hui la quasi-totalité du site, dont il ne subsiste presque rien de visible.
Questions fréquentes
D'où viennent les noms d'Héliopolis et de Iounou ?
Le nom grec assemble hélios, le soleil, et polis, la cité. Les Grecs traduisent ainsi la vocation solaire du lieu. Le nom égyptien Iounou renvoie à tout autre chose : il désigne le pilier, ioun, un objet cultuel dressé dans le sanctuaire bien avant que l'obélisque n'en devienne la version monumentale. La Bible hébraïque conserve une forme abrégée, On, et l'arabe moderne nomme le quartier Aïn Chams, l'œil du soleil.
Quelle différence avec les cosmogonies de Memphis et d'Hermopolis ?
Chaque grand centre religieux égyptien propose sa propre version des origines. À Hermopolis, huit divinités primordiales groupées par couples, l'Ogdoade, incarnent les puissances du chaos avant l'apparition du monde. À Memphis, le dieu Ptah crée par la pensée et par le verbe, en nommant les êtres. La version d'Héliopolis privilégie l'engendrement physique : Atoum produit ses enfants par son propre corps, et le monde se déploie comme une généalogie. Ces récits coexistent sans que les Égyptiens cherchent à les départager.
Que reste-t-il d'Héliopolis aujourd'hui ?
Le site archéologique se répartit entre les quartiers cairotes de Matariya, Aïn Chams et Tell el-Hisn, largement recouverts par l'urbanisation. Le vestige majeur est l'obélisque de granit rouge érigé par Sésostris Ier vers 1950 avant notre ère, haut d'environ vingt mètres, qui reste le plus ancien obélisque égyptien encore debout à son emplacement d'origine. Un musée en plein air rassemble autour de lui les fragments exhumés lors des fouilles, dont des blocs au nom de Djéser et de Téti.
Quel lien unit Héliopolis au phénix ?
L'oiseau Bénou, ancêtre égyptien du phénix gréco-romain, se pose sur la pierre benben au moment où le monde apparaît. Son nom partage la même racine que celui de la pierre, une racine qui signifie s'élever. Les Égyptiens lui consacrent un sanctuaire à Iounou, le château du Bénou. Les auteurs grecs et latins reprennent la figure et la transforment en oiseau qui se consume pour renaître de ses cendres, ce qui explique que la ville revienne dans les récits antiques sur le phénix et, plus tard, dans la fiction moderne.
Citations
"Atoum-Khépri, tu t'es haussé sur la butte, tu t'es levé sur la pierre benben dans le château du Bénou à Héliopolis."
"Héliopolis, chef-lieu de ce dernier nome, est bâtie sur une terrasse très élevée et doit son illustration à son temple d'Hélios ou du Soleil et à la présence du bœuf Mnévis qui y est nourri dans un sêcos ou sanctuaire particulier."

