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Égyptien

Bès

La maison joviale

Divinité
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L'essentiel

Bès occupe une place à part dans le panthéon égyptien. Toutes les grandes divinités de la vallée du Nil apparaissent de profil sur les murs des temples, le corps de trois quarts et le visage tourné vers le côté. Le dieu Bès, lui, regarde le spectateur droit dans les yeux. Cette frontalité constitue sa signature visuelle et permet de le reconnaître instantanément. C'est un dieu nain aux jambes arquées, au torse massif, au visage large encadré d'une crinière de lion, souvent barbu, la langue tirée, coiffé de hautes plumes d'autruche et vêtu d'une peau de félin. Cette apparence volontairement repoussante n'a rien d'accidentel dans la mythologie égyptienne, puisqu'elle sert précisément à effrayer.

Le rôle premier de Bès consiste à protéger. Les Égyptiens considèrent la grossesse, l'accouchement et les premiers mois du nourrisson comme les périodes les plus vulnérables de l'existence, celles où les forces hostiles s'approchent le plus facilement. Cette divinité protectrice se tient donc auprès de la mère et de l'enfant, brandissant couteaux et serpents, frappant du tambourin, dansant et hurlant pour disperser ce qui rôde. Le sommeil relève du même domaine, car un dormeur ne peut se défendre : de nombreux appuie-tête du Nouvel Empire portent le visage de Bès gravé sur leur socle. Taouret, la déesse hippopotame au ventre lourd, partage avec lui cette fonction et les deux figures apparaissent fréquemment côte à côte sur les mêmes objets.

L'omniprésence de Bès dans la vie quotidienne dépasse celle de bien des grands dieux. Aucun clergé officiel ne lui est attaché et aucun grand temple ne porte son nom, à l'exception notable d'un sanctuaire mis au jour dans l'oasis de Bahariya. Son culte relève de la maison plutôt que du sanctuaire. Son image se retrouve partout notamment sur les amulettes de faïence bleue portées au cou, sur les miroirs, les pots à khôl, les lits, les manches de couteaux, les murs des chambres du village d'artisans de Deir el-Médineh. La magie égyptienne domestique repose largement sur cette logique de l'image agissante, où la représentation du dieu suffit à activer sa protection. Les danseuses et les musiciennes vont plus loin encore et se font tatouer son effigie sur la cuisse, faisant de leur propre corps le support du protecteur du foyer.

La carrière de Bès s'étend sur près de deux millénaires. Une figure de nain combattant apparaît dès le Moyen Empire sur les baguettes magiques en ivoire destinées à protéger la mère et l'enfant, avant que le personnage ne prenne son nom et sa forme définitive sous la XVIIIème dynastie. À la Basse Époque, il se transforme en une entité composite hérissée d'ailes et de têtes multiples, le Bès Panthée, chargée de repousser toutes les menaces à la fois. On le sculpte dans les mammisis, ces petits édifices de Dendéra, d'Edfou et de Philae où se célèbre la naissance du dieu enfant. Sa popularité franchit même les frontières de l'Égypte et gagne Chypre, le Levant et le monde romain, où des soldats font graver son visage sur leurs boucliers. Rares sont les figures du panthéon égyptien à traverser autant de siècles et autant de cultures.

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Questions fréquentes

D'où vient le nom de Bès ?

L'origine du nom fait toujours débat. L'hypothèse la plus courante rattache Bès au terme égyptien désignant une peau de félin ou un félin protecteur, ce qui s'accorde avec sa crinière et son vêtement de panthère. Une autre piste évoque une racine signifiant "protéger". Certains chercheurs ont longtemps défendu une origine étrangère, nubienne ou proche-orientale, mais cette théorie recule aujourd'hui devant les attestations égyptiennes anciennes. Le nom recouvre par ailleurs tout un groupe de génies nains apparentés plutôt qu'un personnage unique.

Bès rend-il vraiment des oracles ?

Oui, et ce trait s'affirme tardivement. À l'époque gréco-romaine, le dieu Bès devient un donneur de rêves et de réponses. Les consultants viennent dormir dans des salles qui lui sont dédiées, notamment au temple de Séthi Ier à Abydos, en espérant qu'il se manifeste pendant leur sommeil. Ils déposent leurs questions par écrit et couvrent les murs de graffitis grecs. Cet oracle fonctionne encore au IVème siècle de notre ère, jusqu'à ce que l'empereur Constance II en fasse fermer l'accès après un procès retentissant.

Quelle différence entre Bès, les Pataïkos et Pazuzu ?

Ces trois figures se ressemblent sans se confondre. Les Pataïkos sont de petites divinités naines liées à Ptah, généralement nues, crâne rasé, souvent debout sur des crocodiles, et servent surtout d'amulettes de protection contre les animaux dangereux. Bès se distingue par sa crinière, ses plumes et son expression grimaçante. Quant à Pazuzu, il relève du monde mésopotamien et non de la magie égyptienne, tout en assumant un rôle comparable de démon bénéfique veillant sur les femmes enceintes. La ressemblance de fonction traduit une inquiétude partagée dans tout le Proche-Orient ancien.

Où croise-t-on Bès dans la culture populaire ?

Sa silhouette apparaît régulièrement dans les fictions inspirées de l'Égypte antique. Rick Riordan en fait un personnage à part entière de la saga Les Chroniques de Kane (nouvelle fenêtre), sous les traits d'un dieu nain bougon au comportement imprévisible. Les jeux vidéo situés dans la vallée du Nil, dont Assassin's Creed Origins, reprennent son image sur le mobilier, les statuettes et les décors domestiques. Sa tête frontale et grimaçante reste également un motif de bijouterie et de tatouage largement diffusé.

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Citations

"Au fond de la Thébaïde se trouve la ville d'Abydos, où se rendent les oracles du dieu Bèsa, objet d'un culte local d'une origine très ancienne. On y consulte l'oracle, tantôt directement, tantôt par mandataire. Les demandes sont rédigées par bulletins sur papier ou sur parchemin, suivant des formules consacrées, et restent quelquefois dans le temple après qu'on a obtenu les réponses."

Ammien Marcellin, Histoire de Rome (XIX)

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