Le Ginnungagap constitue le vide primordial de la cosmogonie nordique, un espace d'une immensité inconcevable existant avant toute création. Dans ce néant originel, ni terre ni ciel n'existent encore, ni mer ni étoiles, ni herbe ni végétation. La Völuspá, premier poème de l'Edda poétique, décrit cet état avec une simplicité saisissante en affirmant qu'il n'y avait rien, absolument rien. Le Ginnungagap s'étend entre deux royaumes primordiaux préexistants, Niflheim au nord, monde de brumes glaciales et de ténèbres perpétuelles, et Muspellheim au sud, royaume des flammes ardentes gardé par le géant Surt. Cette disposition tripartite crée les conditions nécessaires à la genèse universelle.
Les caractéristiques du Ginnungagap révèlent un espace paradoxal où s'affrontent et se mêlent les forces élémentaires opposées. De Niflheim coulent onze rivières glaciales nommées Élivágar, charriant des eaux venimeuses qui se solidifient en givre et s'accumulent couche après couche dans la partie septentrionale du gouffre. Simultanément, des étincelles et des vents brûlants jaillissent de Muspellheim pour illuminer la région méridionale. Snorri Sturluson précise dans le Gylfaginning que le Ginnungagap lui-même demeure "aussi doux qu'un air sans vent", créant une zone tempérée où les extrêmes se neutralisent. Lorsque le souffle ardent du sud rencontre le givre du nord, la glace fond et s'écoule en gouttelettes fertiles. De cette interaction thermodynamique naît Ymir, le géant primordial hermaphrodite que les Géants des Glaces appellent Aurgelmir. Peu après surgit également Audhumla, la vache cosmique aux quatre mamelles d'où coulent des rivières de lait nourrissant Ymir. Cette créature se sustente en léchant les pierres salées recouvertes de givre, révélant progressivement un être nommé Búri, ancêtre des dieux Ases.
La portée symbolique du Ginnungagap dépasse largement le simple récit cosmogonique pour toucher aux questions fondamentales de l'existence et du néant. Les savants contemporains, soulignent que ce concept incarne l'opposition structurante entre l'espace ordonné et civilisé et le chaos sauvage. Le Ginnungagap représente le chaos absolu, cette menace perpétuelle de dissolution cosmique vers laquelle les forces destructrices cherchent à ramener l'univers. Il est suggéré que le vide primordial persiste comme substrat sous-jacent de la création, prêt à resurgir lors du Ragnarök lorsque l'ordre cosmique s'effondrera.
Le Ginnungagap constitue le vide primordial de la cosmogonie nordique, un espace d'une immensité inconcevable existant avant toute création. Dans ce néant originel, ni terre ni ciel n'existent encore, ni mer ni étoiles, ni herbe ni végétation. La Völuspá, premier poème de l'Edda poétique, décrit cet état avec une simplicité saisissante en affirmant qu'il n'y avait rien, absolument rien. Le Ginnungagap s'étend entre deux royaumes primordiaux préexistants, Niflheim au nord, monde de brumes glaciales et de ténèbres perpétuelles, et Muspellheim au sud, royaume des flammes ardentes gardé par le géant Surt. Cette disposition tripartite crée les conditions nécessaires à la genèse universelle.
Les caractéristiques du Ginnungagap révèlent un espace paradoxal où s'affrontent et se mêlent les forces élémentaires opposées. De Niflheim coulent onze rivières glaciales nommées Élivágar, charriant des eaux venimeuses qui se solidifient en givre et s'accumulent couche après couche dans la partie septentrionale du gouffre. Simultanément, des étincelles et des vents brûlants jaillissent de Muspellheim pour illuminer la région méridionale. Snorri Sturluson précise dans le Gylfaginning que le Ginnungagap lui-même demeure "aussi doux qu'un air sans vent", créant une zone tempérée où les extrêmes se neutralisent. Lorsque le souffle ardent du sud rencontre le givre du nord, la glace fond et s'écoule en gouttelettes fertiles. De cette interaction thermodynamique naît Ymir, le géant primordial hermaphrodite que les Géants des Glaces appellent Aurgelmir. Peu après surgit également Audhumla, la vache cosmique aux quatre mamelles d'où coulent des rivières de lait nourrissant Ymir. Cette créature se sustente en léchant les pierres salées recouvertes de givre, révélant progressivement un être nommé Búri, ancêtre des dieux Ases.
La portée symbolique du Ginnungagap dépasse largement le simple récit cosmogonique pour toucher aux questions fondamentales de l'existence et du néant. Les savants contemporains, soulignent que ce concept incarne l'opposition structurante entre l'espace ordonné et civilisé et le chaos sauvage. Le Ginnungagap représente le chaos absolu, cette menace perpétuelle de dissolution cosmique vers laquelle les forces destructrices cherchent à ramener l'univers. Il est suggéré que le vide primordial persiste comme substrat sous-jacent de la création, prêt à resurgir lors du Ragnarök lorsque l'ordre cosmique s'effondrera.
L'étymologie du terme fait l'objet de débats savants depuis plus d'un siècle. Le composant "gap" signifie sans ambiguïté "gouffre" ou "vide béant" en vieux norrois, apparenté à l'anglais moderne "gap". Le préfixe "ginnunga" pose davantage de difficultés. Le linguiste néerlandais Jan de Vries a proposé en 1931 une interprétation devenue dominante : ce préfixe dériverait de la racine sacrée "ginn" présente dans des termes comme "ginn-heilagr" pour "suprêmement sacré" ou "ginn-regin" pour "grandes divinités". Cette lecture confère au Ginnungagap la signification de "vide magiquement chargé" ou "abîme de puissance créatrice". La philologue Ursula Dronke suggère alternativement un emprunt au vieux haut-allemand "ginunga", tandis que d'autres chercheurs y voient simplement un redoublement poétique de la notion de béance.
La création procède par étapes successives décrites dans le Gylfaginning. Les rivières Élivágar transportent depuis Niflheim des substances venimeuses qui se figent en givre dans la partie nord du vide. Simultanément, les flammes de Muspellheim réchauffent sa partie méridionale. Au centre, là où règne un climat tempéré, la rencontre du chaud et du froid fait fondre la glace. Des gouttelettes fertiles émergent Ymir et Audhumla. Cette dernière, en léchant le givre salé, révèle Búri, premier ancêtre des dieux. Son petit-fils Odin et ses frères Vili et Vé tuent ensuite Ymir et façonnent le monde à partir de son cadavre : son sang devient les océans, sa chair la terre, ses os les montagnes, son crâne la voûte céleste. Ils placent cette création au centre même du Ginnungagap.
Le Chaos grec partage avec le Ginnungagap une étymologie commune désignant un gouffre béant, mais leur fonctionnement cosmogonique diffère sensiblement. Dans la théogonie d'Hésiode, les divinités primordiales (Gaia, Tartare, Éros) surgissent spontanément du Chaos sans processus intermédiaire. Le modèle nordique privilégie une interaction dynamique entre éléments opposés, feu et glace, générant la vie par transformation thermique. Le Noun égyptien représente quant à lui des eaux primordiales stagnantes, personnifiées en divinité masculine et féminine. Contrairement au vide nordique, le Noun est une substance aquatique d'où émerge le tertre primordial Benben. Ces traditions partagent néanmoins l'idée fondamentale d'un état primordial précédant l'ordre cosmique, reflétant une préoccupation humaine universelle pour les origines.
Les sources anciennes suggèrent une persistance transformée du vide primordial. Le Gylfaginning indique explicitement qu'une racine d'Yggdrasil s'étend vers "l'endroit où se trouvait autrefois le Ginnungagap", impliquant sa transmutation plutôt que sa disparition totale. La poésie scaldique utilise d'ailleurs Ginnungagap comme kenning pour désigner le ciel ou l'espace aérien, attestant sa présence conceptuelle dans l'univers créé. Les chercheurs interprètent ce vide comme un substrat sous-jacent, une potentialité chaotique toujours présente sous la surface de l'ordre cosmique. Le monde organisé remplit l'abîme sans l'annihiler véritablement, maintenant une tension permanente entre création et dissolution.
La cosmologie nordique présente une vision cyclique où le vide primordial constitue simultanément l'origine et la destination finale de l'univers. Selon les interprétations savantes de Daniel McCoy et John Lindow, le Ragnarök représente le triomphe temporaire des forces chaotiques (telles que les géants ou les monstres) sur l'ordre divin. La destruction apocalyptique ramène le cosmos à son état de vacuité originelle, au Ginnungagap. Cependant, cette annihilation n'est pas définitive. La Völuspá prophétise qu'une terre nouvelle émergera des eaux, verdoyante et fertile. Yggdrasil lui-même survit au cataclysme, abritant deux humains qui repeupleront le monde. Ce schéma cyclique fait du Ginnungagap l'éternel point de retour, le néant fécond d'où renaissent perpétuellement les cycles cosmiques.
"C'était au commencement des temps, quand Ymir vivait : il n'y avait ni sable, ni mer, ni vagues fraîches ; la terre n'existait pas, ni le ciel au-dessus ; il y avait un gouffre béant, mais d'herbe nulle part.
"
"De même que le froid venait de Niflheim et toutes choses terribles, de même tout ce qui regardait vers Múspellheim devenait chaud et brillant ; mais le Ginnungagap était aussi doux qu'un air sans vent, et quand le souffle de la chaleur rencontra le givre, de sorte qu'il fondit et s'écoula en gouttes, la vie fut éveillée dans ces gouttes par la puissance de celui qui envoyait la chaleur, et cela prit forme humaine. Et cet homme s'appelle Ymir. "
"Au commencement, il y avait le Ginnungagap, le grand vide. Il n'existait pas encore de royaumes, seulement des forces primordiales. Il y avait le Feu et il y avait la Glace, et là, dans le Vide, ils se rencontrèrent et produisirent... Plus que de l'eau – le sang mystique de quelque chose d'entièrement nouveau. De cette eau, Ymir prit forme et devint un être de pure création et de chaos, mère et père de tout ce qui vint après."